Formation en ligne

Résolument convaincue de la nécessité d’une réelle formation aux métiers
du livre – adaptée aux besoins spécifiques des éditeurs, ne servant aucun intérêt particulier, libre de toute arrière pensée et accessible à tous – l’Alliance a souhaité offrir à ses membres la possibilité d’accéder en ligne à de véritables modules de formation « sur mesure ». Ces démarches pédagogiques et professionnelles, abordant des sujets variés, sont complétées par des vade mecum, par de courts manuels et autres guides pratiques. Cet ensemble vient enrichir le Centre de ressources de l’Alliance, en particulier les analyses proposées dans le cadre des collections « État des lieux de l’édition » et « Jeunes talents ». Si l’Alliance se refuse à vous « donner des leçons », elle se propose néanmoins de vous permettre d’accéder simplement et de façon pratique à des connaissances utiles à vos projets. Des formations plus complètes in situ sont disponibles auprès de nos partenaires – n’hésitez pas à nous contacter !

Publier pas à pas un manuel scolaire

Séquence 14 : comment et avec qui l’éditeur prépare-t-il le manuscrit ?

L’assistant éditorial et les auteurs

  • Quand il y a un directeur d’ouvrage, celui-ci peut prendre en charge les relations avec les auteurs et leur demander les modifications qui s’avèrent nécessaires dans leurs manuscrits, voire corriger les manuscrits lui-même. Si les corrections auxquelles procède le directeur d’ouvrage sont pertinentes, cela peut enrichir le manuel : les autres auteurs sont alors des rédacteurs d’un premier manuscrit que le directeur d’ouvrage va reprendre, mettre en forme et harmoniser à son goût, ce qui va garantir l’uniformité et la cohérence du manuel. Ce travail allège d’autant celui de l’assistant éditorial, qui quand il n’y a pas de directeur d’ouvrage doit se charger lui-même de l’harmonisation des différents chapitres. Il faut cependant avoir prévu ce cas de figure dans le contrat, car le manuscrit d’un auteur est censé être respecté. Sinon, les auteurs mécontents pourraient se retourner contre l’éditeur qui laisserait un directeur d’ouvrage ou un assistant éditorial reprendre intégralement leurs manuscrits. Dans ce cas, l’auteur est appelé « contributeur ». Il en est de même en cas de défaillance de l’auteur : on peut faire reprendre son travail par quelqu’un d’autre, mais il faut l’avoir mentionné au préalable dans le contrat.
  • Quand le directeur d’ouvrage a choisi les auteurs, il existe un risque que celui-ci prenne trop de libertés avec le travail des auteurs, refasse ce qu’ils ont réalisé, rédige de nouveau des parties, etc., alors que ce qu’ont produit les auteurs est de bonne qualité. Simplement, il a une idée différente de ce qu’il convient de faire, ou a du mal à travailler en équipe et il lui est plus simple de s’arroger un droit de correction. L’assistant éditorial lui-même peut-être tenté de reprendre massivement le travail des auteurs. Outre que cela fait travailler plusieurs personnes à la même chose, alors que le calendrier est déjà très serré, cela perturbe le travail des auteurs car ceux-ci ne reconnaissent plus leurs manuscrits et se déresponsabilisent, voire ne travaillent plus sur le contenu. Il n’est pas facile pour un auteur de voir son manuscrit transformé, corrigé et modifié par quelqu’un d’autre. Quand cela s’avère nécessaire, il faut le faire avec délicatesse et sans évincer l’auteur. Il faut toujours prendre soin de l’associer au travail qui est fait sur son manuscrit, lui demander son avis, etc.
  • L’excès inverse est de laisser les auteurs prendre en charge la conception du manuel sans intervenir autrement que comme assistant des auteurs. Hormis dans certaines grandes maisons où les équipes sont rodées et travaillent en autonomie, l’assistant éditorial est la seule garantie que le contenu et la présentation du manuel vont respecter le concept initial, la maquette prévue, les résultats du test et les attendus d’un manuel scolaire. Il faut donc qu’il prenne toute sa place, qu’il n’hésite pas à tout contrôler et à intervenir si quelque chose ne correspond pas à ce qu’on attend du manuel final. Très souvent, les auteurs tiennent beaucoup à conserver leurs manuscrits tels qu’ils les ont imaginés et ont du mal à tenir compte des contraintes de la maquette (trop de texte, trop d’images car on veut « tout mettre »), du niveau des élèves (manuscrit trop difficile car on veut aller le plus loin possible). Ils leur est difficile de faire des choix et l’assistant éditorial doit être ferme pour que le manuel reste conforme à ce qui a été prévu. Sinon, on est obligé d’augmenter le nombre de pages, le format, les marges rétrécissent, et finalement l’aspect visuel du manuel, qui demeure primordial, en pâtit (voir « L’aspect physique du manuel » dans la séquence 4).
  • Autre difficulté : nombre de bons professeurs ont développé une technique d’enseignement qui fonctionne très bien dans leur classe mais ne savent pas du tout comment transmettre leur pratique au travers d’un manuel qui a pour caractéristique d’être utilisé par un professeur qu’ils ne connaissent pas, dont ils ignorent le niveau de formation et les capacités professionnelles, et par des élèves qu’ils n’ont pas en face d’eux. Ces auteurs rendent alors un manuscrit confus, tout au long duquel on doit être guidé si on veut arriver à suivre. Or, ces auteurs ne seront pas là pour expliquer aux professeurs comment utiliser le manuel et, même s’il existe un livre du professeur pour cela, il faut tenir compte du besoin de clarté du professeur qui doit avoir une compréhension spontanée du manuel sans être obligé de lire son « mode d’emploi ». Il faut alors que l’assistant éditorial soit ferme et fasse reprendre le manuscrit jusqu’à ce qu’il ait le niveau requis, quitte à lui faire perdre de la valeur. Les tests d’utilisation du manuel que l’on pratique avec des professeurs, ou même en classe avant parution, permettent de contrôler cela.

L’assistant éditorial et le correcteur

  • Le correcteur s’assure que la syntaxe, l’orthographe et la grammaire sont respectées. Il est aussi un relecteur, c’est-à-dire qu’il prend garde au sens de ce qu’il lit et relève ainsi nombre de problèmes que les auteurs et l’assistant éditorial, pris dans le feu de l’action, ne voient plus. Il relit intégralement les chapitres à plusieurs reprises (au moins deux) et traque les coquilles, les fautes et les aberrations liées aux diverses manipulations faites sur les manuscrits. Arrivant en fin d’étape, après toutes les autres interventions, la correction est souvent réalisée à la va-vite. C’est pourtant un moment essentiel qui met parfois au jour de véritables problèmes qui ont échappé à la vigilance de l’assistant éditorial : phrases coupées à la mise en pages, légende d’images erronée, titre absent ou sans rapport avec le document, etc. L’éditeur communique avec le correcteur par un système de signes de correction. Ce système a pour principe de montrer en marge ce qui doit être repris, pour que ce soit bien visible et qu’on puisse « pointer », c’est-à-dire vérifier que le maquettiste a bien pris en compte toutes les modifications. L’assistant éditorial valide ou efface ce que demande le correcteur, règle les questions qu’il soulève avec l’auteur ou le directeur éditorial, puis transmet la copie au maquettiste qui va intégrer les demandes de corrections. Il pointe ensuite les corrections. Voici un récapitulatif des signes de correction, issu du Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale française.

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L’assistant éditorial et les documents

  • L’assistant éditorial travaille enfin sur les documents ; il consulte d’abord ce que l’auteur a demandé ou proposé comme document puis soit il commande un document existant, soit il fait créer le document nécessaire. Il choisit donc l’ensemble des documents qui accompagnent le cours :
    • cartes en géographie ;
    • photos d’expériences en physique-chimie ;
    • planches anatomiques et images de nature en biologie ;
    • extraits de textes de littérature en français ;
    • extraits de textes de philosophes en philosophie ;
    • extraits d’articles et de textes d’économistes en économie ;
    • dessins pour les exercices dans les petites classes ;
    • photos illustratives ;
    • dessins illustratifs, etc.
  • Les textes : en général, les textes sont commandés, aux éditeurs de livres ou de revues et journaux à qui ils appartiennent. C’est le service administratif qui s’occupe généralement de ces commandes et qui suit les arrivées des autorisations sur un tableau, ainsi que l’envoi des exemplaires du livre et le règlement des factures. Une règle à ne pas oublier quand on commande un texte : il faut respecter celui-ci et donc ne pas le retoucher. Le respect du droit d’auteur impose de ne pas transformer un texte que l’on commande (excepté en le coupant). Sinon, il faut demander à l’auteur du texte son autorisation. Voici un exemple de commande. Cliquez sur l’image pour l’ouvrir. Cliquez sur « Zoom » pour l’agrandir ou la rétrécir. Cliquez sur la croix pour la fermer.
  • Les dessins et les cartes : ils sont commandés à des illustrateurs et cartographes préalablement choisis. Il est important de discuter avec eux du planning des remises et du mode de réception des images. Par exemple, si les dessinateurs dessinent de manière traditionnelle, sur du papier, il faut prévoir de scanner les images et il vaut mieux le savoir au préalable. Il est souvent préférable pour l’éditeur que les dessinateurs scannent leur dessin, même s’ils l’ont d’abord réalisé sur papier. Il leur est alors possible de le retoucher par exemple, tâche qui incombe sinon au maquettiste. Cela permet aussi de prévoir le texte, s’il y a lieu, sur un calque à part, au lieu de l’inscrire directement sur l’image. Le texte est généralement soumis à de nombreuses corrections et on peut ainsi aisément le modifier. Il est indispensable de demander d’abord un brouillon au dessinateur, pour ne pas avoir à commander une autre image si celle-ci ne convient pas. Il est également judicieux de commander des formats d’images beaucoup plus grands que la taille des images telles qu’elles figureront dans le manuel : rétrécir une image permet d’augmenter la précision du trait et la rend plus belle et plus distincte. En outre, si des corrections doivent être apportées, ce sera beaucoup plus facile sur une image de grande taille. Enfin, il vaut toujours mieux demander trop que pas assez : on peut détourer un détail d’une image si on ne veut plus conserver que ce détail par exemple, mais il est difficile d’ajouter un fond qui n’aurait pas été dessiné.
  • Les photographies : hormis les photos d’expériences scientifiques, qui doivent souvent être réalisées pour le manuel (à moins qu’on en trouve sur des sites spécialisés), les photographies sont la plupart du temps commandées à des agences ou à des photographes. De nombreux sites d’agences permettent de chercher et de commander des images d’art, de biologie, etc. : Corbis, AKG, Magnum, Biosphotos. Pour des photos à faible coût et libres de droits utilisables commercialement, on préfèrera Fotolia. Pour les reproductions d’œuvres d’art, il faut toujours bien tenir compte du fait que commander un fichier d’image à une agence ne veut pas dire qu’on a acquis les droits de reproduction de l’œuvre photographiée, qui sont à demander à l’artiste ou à ses ayants droit. Tous les fichiers des photographies doivent être commandés au moins en 300 ppp ou dpi, résolution indispensable pour l’impression papier. Ces photos doivent (normalement !) également être photogravées à la taille à laquelle elles sont utilisées pour un bon rendu d’impression.
  • Une difficulté importante dans ces différentes opérations, que ce soit la correction ou la commande des documents, réside dans l’estimation du moment où il convient de les effectuer : on a tendance à reporter au maximum la correction pour qu’elle intervienne quand les chapitres ont déjà un degré de réalisation proche du stade final, et à lancer la création des cartes et dessins quand la mise en pages des chapitres est déjà bien avancée. De même, on essaie de demander les droits de reproduction des textes et les fichiers des images quand on est sûr de les utiliser. Mais, si on diffère exagérément ces différentes opérations, on se retrouve en fin de conception du manuel avec une somme trop importante de choses à commander et à corriger. Il faut donc s’obliger à entamer ces activités à un moment où le chapitre est encore en cours, quitte à annuler certaines commandes, à devoir refaire la correction, etc.
  • L’assistant éditorial, enfin, commande, valide et rassemble tous les travaux des différents intervenants (images, texte, correction, mise en pages…) et fait en sorte que chaque élément concorde avec les autres. Ainsi, il va proposer à l’auteur de changer une question concernant une image parce que celle qu’il aura trouvée ne correspond pas à ce qui avait été initialement demandé par l’auteur, une correction dans un chapitre va se répercuter dans un autre chapitre, la mise en pages va exiger que l’auteur procède à des coupes, que l’illustrateur recadre son image en portrait et non plus en format paysage, etc. En fin de conception, c’est l’assistant éditorial qui va, avec les folios définitifs, remplacer les renvois par des folios exacts. C’est aussi lui qui harmonise l’ensemble et veille à ce que les proportions de chaque élément dans chaque chapitre soient cohérentes : pas trop d’images ou de texte dans un chapitre par rapport à un autre, pas d’images en double dans deux chapitres, texte et exercices d’un niveau de difficulté progressif tout au long du manuel, etc.

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Séquence 11 : créer un concept, faire une charte éditoriale

Le concept du manuel

  • L’élaboration du concept du manuel est le cœur de cette phase et devrait faire l’objet d’une formation à elle seule. Dans certaines maisons d’édition qui ont une longue tradition dans le scolaire, l’éditeur ne participe à l’élaboration de la structure du manuel et de chaque chapitre que de manière secondaire. Le directeur d’ouvrage et l’équipe d’auteurs sont tellement au fait des réalités de l’édition qu’ils savent eux-mêmes transformer leur expérience de professeurs en un manuel pour des classes d’élèves avec lesquels ils ne seront pas en contact. L’éditeur recueille et valide leurs réflexions.
  • Dans les grandes maisons, leur travail est ensuite pris en main par le service du marketing, qui va tester un chapitre auprès de professeurs. Au préalable, le service du marketing aura fait une étude de marché, puis il livrera un rapport complet sur le marché et les caractéristiques des manuels en circulation. Dans les maisons d’édition plus petites ou n’ayant pas une tradition scolaire, l’éditeur (directeur de la maison ou responsable éditorial) doit lui-même faire une étude de l’existant. Il faut également, la plupart du temps, qu’il élabore en grande partie lui-même la structure du manuel et des chapitres, qu’il les propose aux auteurs qui les valident ou les corrigent.
  • Pour ce faire, l’éditeur s’entoure d’un directeur éditorial, d’auteurs, d’un assistant éditorial parfois, mais surtout de livres : rien ne remplace la connaissance des manuels scolaires existants, dans son pays ou dans d’autres pays, quand on veut en publier. Regarder ce qui est publié, regarder ce qui se vend, demander à des professeurs comment ils trouvent ces manuels, étudier leur format, leur pagination, la manière dont ils traitent le programme, la structure d’un chapitre, la proportion de textes et d’images est un bon point de départ pour avoir une idée de ce qu’on peut faire. Il faut également connaître le programme mais aussi quelles en sont les difficultés pour les professeurs, ce pour quoi ils auront besoin d’être guidés, ce qui va devoir être abondamment traité dans le manuel. En fonction de l’analyse de l’existant et des besoins, on élabore un projet qui répond aux attentes qu’on a pu discerner.

Le chapitre test

  • Le chapitre test est un premier chapitre rédigé selon les termes d’une première charte éditoriale et d’une première maquette, qui sera ensuite soumis à l’examen de professeurs.
  • C’est le service du marketing, quand il en existe un, qui s’occupe de cela. Cela permet de s’interroger sur le concept élaboré par l’éditeur, de le modifier en fonction des attentes des professeurs et de le valider avant que la rédaction du manuel soit véritablement lancée.
  • Bien souvent, le calendrier ne permet pas de faire ce test avant que les auteurs aient rédigé leurs manuscrits et on le fait en parallèle de l’édition du manuel. On doit alors ajuster le travail en cours pour tenir compte des résultats du test.

La charte éditoriale

  • On l’appelle aussi cahier des charges. C’est un document qui récapitule, à l’attention des auteurs et de l’assistant éditorial essentiellement, l’ensemble des caractéristiques de forme et de contenu du manuel. La charte éditoriale détaille des spécifications pédagogiques aussi bien que techniques et définit même la procédure d’élaboration du manuel et le calendrier. Quand le calendrier le permet, un premier chapitre test est réalisé ; la charte éditoriale s’appuie alors sur celui-ci, qui, une fois validé, sert de modèle aux autres. Elle est conçue par l’éditeur. Elle marque le lancement du manuel, après une phase de réflexion, d’élaboration du projet, de formation des équipes et de test du projet dont elle est le résultat.
  • C’est un document de cinq à dix pages. Il présente :
    • la liste des auteurs, avec leurs coordonnées, leur fonction professionnelle actuelle et passée, leur statut dans l’équipe ;
    • la liste des intervenants de la maison d’édition et leur fonction ;
    • l’esprit de la réforme et l’esprit du manuel ;
    • la démarche du manuel en conséquence ;
    • le format, la pagination, les couleurs, la couverture ;
    • la structure du manuel (sommaire détaillé) ;
    • la structure d’un chapitre modèle. Si ce chapitre a pu être fait au préalable, il est fourni avec la charte, sinon il faut détailler la structure du chapitre et exposer clairement ce qui est demandé à l’auteur (on peut par exemple préciser que « Les titres des chapitres ne reprennent pas l’intitulé du programme », que « Le début du chapitre est une mise en activité fondée sur un court exercice d’observation, [qu’]il faut y présenter trois ou quatre questions sur une figure qu’il faut observer », etc.) ;
    • la répartition des chapitres par auteur ;
    • le calendrier de remise des chapitres et des différentes interventions.
  • On ajoute dans la charte, ou en annexe, des indications techniques et éditoriales pour les auteurs, qui concernent le mode de remise des manuscrits, la rédaction et les images : souci de clarté, phrase simple, calibrage respecté…, mais aussi des précisions comme « Remettre son manuscrit dans un fichier Word unique, intitulé ainsi : CO1 », « Donner les références très précises des images ou leur dessin, selon ce modèle : … », etc.

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Séquence 13 : les outils de l’assistant éditorial

Coordonner les calendriers

  • L’assistant éditorial collabore avec une équipe d’intervenants dont chacun a un rôle précis et c’est lui qui organise leur travail et le valide. Sa difficulté principale est donc d’arriver à accorder les calendriers de chacun, pour que le maquettiste ait du travail en continu, que le correcteur (souvent une correctrice) ne doive pas relire tout d’un coup, etc. Il doit veiller à étaler les remises des travaux de chacun et c’est parfois un véritable casse-tête.
  • Un tableau de suivi des étapes d’élaboration du manuel est indispensable pour ne rien oublier. Il peut prendre la forme d’un rétroplanning. Sur un tableau Excel, les parties et chapitres du manuel sont listés dans une colonne et les différentes étapes qu’ils doivent parcourir sur une ligne. Chaque étape contient des dates de début et de fin, calculées en fonction du bon à tirer (BAT). Chaque semaine, un point est fait avec les dates réelles, par élément du manuel, du début et de la fin de l’étape. Cela permet de vérifier le nombre de manuscrits en cours de rédaction, en cours de mise en pages, en cours de correction, les manuscrits que l’on a commencé à illustrer, etc. Voici un exemple de rétroplanning.
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Le chemin de fer

  • Autre outil indispensable de l’éditeur : le chemin de fer. Un chemin de fer est un document sur lequel figure à la queue leu leu toutes les pages d’un livre, et où la page de droite et la page de gauche en vis-à-vis sont accolées. Cela constitue une sorte de train avec des wagons, d’où le nom. Il permet de vérifier l’alternance page de droite/page de gauche et de visualiser la répartition des illustrations, ainsi que de contrôler la pagination de l’ouvrage.
  • Dans le scolaire on préférera utiliser un tableau Excel qui reprend l’intégralité des parties et chapitres du manuel, avec un suivi automatique du foliotage : on liste dans le tableau les différentes parties du manuel, comme un sommaire, et on y associe un nombre de pages. Cela permet de s’assurer que chaque partie du manuel contient le nombre requis de pages et commence au bon endroit (en effet, dans un manuel, on commence souvent les chapitres toujours sur la même page, paire ou impaire et il faut donc contrôler le folio). Cela permet aussi, quand ce nombre de page ou ce folio bouge pour un chapitre, de surveiller l’impact sur les autres chapitres et sur la pagination totale du manuel.
  • D’une manière générale on a tendance, au cours de l’édition d’un manuel, à avoir besoin de plus de pages que ce qu’on avait prévu. Si on a fait un chemin de fer en utilisant le maximum de pages possible par rapport aux contraintes de l’impression, on risque de se trouver coincé. Il vaut donc mieux garder une réserve quand on crée le chemin de fer ; par exemple, pour un ouvrage de 96 pages, composés de 2 cahiers de 48 pages à l’impression, il vaut mieux faire un chemin de fer sur 90 pages et compter 6 pages blanches de réserve.
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Suivi de l’iconographie

  • Un troisième outil indispensable pour les manuels de collège et lycée : un tableau de suivi de l’iconographie. Ce tableau nomme chaque image (dessins, photos…) et précise à quel stade en est la commande et quel est le crédit (pour les photos).
  • Cela permet de suivre avec précision les étapes de l’illustration, ce qui est essentiel quand on a recours a des dizaines d’images. Voici un exemple de tableau de suivi de l’iconographie.
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Séquence 12 : le rôle de l’assistant éditorial

Un rôle essentiel

  • C’est l’assistant éditorial (communément appelé « éditeur ») qui assure le suivi éditorial du manuel. Son travail sur les manuscrits implique une collaboration avec différents intervenants.

  • Outre la collaboration avec les auteurs, dont nous détaillons ci-dessous les principales difficultés, il prend en charge la concertation avec le graphiste (préparation de copie pour la mise en pages et pointage essentiellement) et la fabrication (sur les images notamment). Il travaille également avec le correcteur et s’occupe des documents. (Voir également à ce sujet « Éditer, c’est créer » dans la séquence 1, ainsi que la séquence 2.)

Les tâches de l’assistant éditorial

  • L’assistant éditorial est au cœur de l’élaboration du contenu et de la forme interne du manuel. Il adapte les manuscrits et dirige le travail des intervenants qui vont apporter leur contribution au manuscrit initial. En effet, les manuscrits des auteurs vont être transformés de multiples fois avant de devenir des chapitres publiés et c’est l’assistant éditorial qui supervise les opérations et les interactions entre les différents intervenants. Voici l’ensemble des tâches que prend en charge l’assistant éditorial.

  • Dans les petites structures, l’équipe d’auteurs est en général récente, et l’assistant éditorial chargé du suivi de l’ouvrage aura bien souvent un rôle de rédacteur lui-même, corrigera et amendera le texte, travaillera avec les auteurs de manière étroite, car ceux-ci n’auront pas encore l’habitude de rédiger un manuel et ce sera à l’éditeur de les former, voire parfois de s’y substituer. Souvent, même s’il y a un directeur d’ouvrage, celui-ci n’a pas assez d’expérience pour partager avec l’éditeur le travail de supervision du manuel.

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Séquence 10 : le rôle de l’éditeur et du responsable éditorial

Un chef d’orchestre

  • Comme nous l’avons vu dans les séquences 1 et 2, l’emploi du mot « éditeur » concerne soit le directeur de la maison d’édition, soit le responsable éditorial, soit l’assistant d’édition. Ces personnes sont les chefs d’orchestre de l’ensemble des interventions qui ont lieu au cours de l’élaboration d’un manuel. Voici un schéma des intervenants qu’ils coordonnent.

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Les fonctions du chef d’orchestre

  • Le directeur de la maison d’édition et le responsable éditorial - qui peuvent être une seule et même personne dans les petites structures - s’occupent essentiellement de choisir ce qui va être publié, de prévoir budget et contrats, de définir la force de vente à mettre en œuvre et de lancer le projet de manuel. Quand l’équipe est formée et quand l’assistant éditorial se met au travail, ils supervisent le bon déroulement des opérations. Bien souvent, ils apportent leur aide et font eux-mêmes de l’édition. Voici leurs différentes fonctions dans la phase éditoriale « amont ».

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Les interactions du chef d’orchestre

  • En dehors de cette phase « amont » qui aboutit à la création de la charte éditoriale, ils endossent un rôle de superviseurs et se consacrent aux autres secteurs impliqués dans la publication d’un manuel (à savoir la fabrication et la commercialisation, et, en amont, les aspects juridiques et financiers). Ils sont ainsi amenés à être en contact avec tous les intervenants de la publication d’un manuel, dont voici la liste.

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Séquence 9 : l’auteur

Le directeur d’ouvrage

  • Dans les maisons d’édition bien implantées dans le scolaire, des équipes d’auteurs sont formées de longue date, avec des personnes habituées à collaborer.
  • Elles sont dirigées par des directeurs d’ouvrage, mais également par des directeurs de collection, qui apportent leur expertise dans la discipline des manuels de plusieurs classes se suivant (sixième, cinquième, quatrième, troisième par exemple). Ils sont connus pour leurs recherches et leurs travaux ou leurs prises de position sur un sujet et font office de caution scientifique.
  • Le directeur d’ouvrage participe à l’élaboration du concept du manuel puis sert d’intermédiaire entre les auteurs et l’éditeur : il chapeaute l’équipe d’auteurs, supervise la rédaction des manuscrits, veille à l’harmonie et à l’exhaustivité de l’ensemble, à la qualité pédagogique du manuel. Cela laisse à l’éditeur le temps de s’assurer de la bonne exécution de la mise en pages, de la correction, de la photogravure, etc., et lui permet de moins avoir à retoucher le texte et l’organisation générale du manuel.
  • Plus précisément, le directeur d’ouvrage accomplit les tâches suivantes :

L’équipe de rédacteurs

  • L’équipe d’auteurs est une équipe de rédacteurs. Le terme « rédacteurs » ne signifie pas qu’ils ne font qu’écrire : ils choisissent des images, ou proposent des idées pour en faire réaliser. Ils sélectionnent également des textes (en français par exemple). Ce sont des fournisseurs de contenu. Ce sont eux qui vont créer la matière première sur laquelle l’assistant éditorial et les autres personnes impliquées dans l’édition du manuel vont travailler.
  • Ce qu’ils remettent à l’éditeur la première fois ne ressemble pas du tout à ce qui sera publié au final ! Ils participent aussi aux changements qui sont faits dans leurs manuscrits tout au long de l’avancée de l’édition du manuel.
  • Quand il y a un directeur d’ouvrage, les auteurs peuvent être plus en retrait et avoir des rapports indirects avec l’assistant éditorial et les autres intervenants. Mais quand ce n’est pas le cas l’assistant éditorial les sollicite beaucoup au sujet des opérations pratiquées sur leurs manuscrits.
  • Voici une liste des tâches qu’ils prennent en charge.



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  • Cela dit, il faut bien percevoir que, hormis dans le cas où le manuel est pris en charge par un directeur d’ouvrage chevronné, la responsabilité du manuel incombe avant tout à l’assistant éditorial, qui va transformer l’expérience de professeur des auteurs en un outil pédagogique.

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Séquence 8 : lire un programme

L’évolution des curricula

  • Les manuels scolaires sont le miroir d’un programme, lui-même faisant partie d’un curriculum délivré par l’Éducation nationale.
  • Les nouveaux curricula correspondent à une réforme. La réforme elle-même est due à un changement social ou à une évolution des approches éducatives, qui impliquent un repositionnement des enseignements par rapport à la mission qu’on attribue à l’éducation à un moment donné. Parfois, le programme, lui, change juste pour que son contenu s’adapte à une réalité qui a évolué.
  • Les programmes sont conçus par une commission d’experts, des universitaires qui travaillent sur la didactique et les contenus des enseignements.
  • D’un enseignement centré sur des savoirs transmis par le maître aux élèves, nous sommes passés ces dernières décennies à un enseignement faisant participer ceux-ci.
  • La pédagogie par objectifs (PPO), initiée aux États-Unis par Ralph Tyler en 1935, a supplanté l’enseignement traditionnel. Elle fixe des objectifs d’apprentissage clairs et mesurables, qui permettent d’évaluer cet apprentissage. L’enseignement est décomposé en plusieurs tâches à savoir faire (« compter jusqu’à 100 », « lire un texte de cent mots », etc.).
  • L’approche par compétences (APC), apparue dans les années 1960, a succédé à la pédagogie par objectifs, accusée de trop cloisonner les savoirs et les activités et de faire la part belle aux situations scolaires et non à la vie réelle. L’APC privilégie l’apprentissage de capacités et de savoir-être (life skills) permettant aux élèves de s’insérer dans la vie économique. Elle oriente l’apprentissage vers la réalisation réussie de tâches faisant appel à divers savoir et savoir-faire. L’élève expérimente une situation pour apprendre un comportement. Elle a donné lieu à des réformes des curricula dans les pays africains depuis 1995.
  • On adapte depuis quelques années l’APC et on met en place une pédagogie de l’intégration, ou approche par compétences de base : les programmes définissent des familles de situations à partir desquelles l’enseignement participatif est prodigué. Cette pédagogie comprend une activité d’intégration de l’apprentissage (exercice reprenant ce qui a été fait).

La structure et le contenu d’un programme

  • Prenons par exemple un programme français d’histoire-géographie-éducation civique, choisi pour la simple raison qu’il est accessible en ligne (cliquer ici) ou consultons directement le programme de la classe de sixième (cliquer ici).

  • Après une partie introductive axée sur le contexte d’enseignement (rappel de ce qui est fait au primaire par exemple) ainsi que sur la démarche et les enjeux de la discipline, un tableau listant les thèmes d’étude est présenté. Il répertorie :
    • les connaissances précises que doit acquérir l’élève sur le thème, des exemples très précis sont parfois fournis ;
    • les démarches pour ce faire : le programme expose la méthode la plus adaptée à chaque connaissance, donne même des exemples de ce qui peut être étudié ;
    • les capacités que doit développer l’élève et qui doivent être évaluées.
    • Il définit également un horaire d’enseignement global ainsi qu’un temps d’enseignement pour chaque thème.
  • Le programme peut être plus ou moins précis, des pages entières peuvent être consacrées à l’exposition de la démarche pédagogique et de l’enjeu de la discipline, surtout en cas de réforme de tous les programmes. Il indiquera toujours l’esprit de l’enseignement et sa finalité, et fournira un tableau avec la liste des savoirs et un volume horaire.
  • L’esprit et la finalité de l’enseignement aident les auteurs à imaginer le concept du manuel. La liste des savoirs et des capacités à évaluer serviront de plan au manuel qui calquera sa structure sur les tableaux du programme. Ce plan proportionnera le nombre de pages de chaque élément du manuel en fonction du volume horaire précisé.

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Séquence 7 : recruter une équipe d’auteurs

Des fonctionnaires à double casquette

  • Les auteurs de manuels scolaires sont en général des fonctionnaires de l’Éducation nationale. Ils sont professeurs en activité ou à la retraite, participant à la rédaction des programmes, faisant partie de comité de réflexion sur l’éducation ou la pédagogie, chercheurs, cadres de l’enseignement ou simples enseignants ayant une pratique éprouvée de la classe.
  • Les auteurs doivent avant tout posséder une expérience de l’enseignement, que ce soit par une pratique de la classe (indispensable) ou par une réflexion pédagogique, qui ne suffit pas pour autant à elle seule.

Quelle équipe pour quelle réussite ?

  • Les auteurs constituent une équipe de quelques personnes travaillant à un même manuel et à son livre du professeur. En effet, en général il y a plusieurs auteurs, de deux minimum à environ une dizaine. Cela est dû :
    • à la lourdeur de la tâche à accomplir : on peut considérer qu’une page de manuel correspond à quatre pages différentes, c’est-à-dire qu’elle aura été remaniée (réécrite, avec un dessin refait, etc.) trois fois avant d’atteindre sa forme définitive et son contenu final ;
    • au peu de temps imparti pour faire ce travail : les manuels devant arriver en classe à une date précise, il est hors de question de repousser la date de départ chez l’imprimeur, quitte à travailler la nuit !
    • Par ailleurs, un même manuel peut contenir plusieurs spécialités (histoire et géographie, algèbre et géométrie…) dans lesquelles un auteur se sentira plus à l’aise qu’un autre.  
  • L’idéal est de former une équipe comprenant un directeur d’ouvrage (voir ses fonctions en séquence 9) et deux à quatre auteurs.
  • Au-delà de cinq personnes, les interactions (envois de courriers, appels téléphoniques, réunions de travail) commencent à être trop nombreuses et, en dessous de deux, la charge de travail est trop lourde. Tout dépend, cependant, du manuel considéré, de la classe et de la matière. Pour un manuel d’histoire destiné aux terminales, on aura facilement plus de cinq auteurs, tandis que deux auteurs suffiront parfois pour un ouvrage de mathématiques destiné aux CP. Il est rarissime qu’un seul auteur prenne en charge tout un manuel et son livre du professeur. 
  • Deux types d’équipes peuvent être constituées :
    •  une équipe d’auteurs de statut équivalent. Dans ce cas, chaque auteur a un rapport direct avec l’assistant éditorial qui chapeaute l’ensemble du travail et veille au calendrier comme à la qualité du contenu, ainsi qu’à la bonne réalisation de la mise en pages, de la correction et de l’illustration ;
    •  une équipe d’auteurs avec un directeur d’ouvrage. Le directeur d’ouvrage travaille avec l’éditeur (directeur de maison d’édition ou responsable éditorial) à élaborer le concept du manuel puis fait l’intermédiaire entre l’assistant éditorial et les auteurs, et veille au calendrier comme au contenu du manuel.  

Comment trouver des auteurs ?

  •  Pour choisir des auteurs, trois moyens sont à votre disposition :
    •  faire appel à un professeur expérimenté et de confiance qui va constituer son équipe d’auteurs parmi ses relations ;
    •  faire appel à différents professeurs qui ont déjà réalisé des manuels ou ont une pratique de la rédaction de manuels scolaires ou de livres éducatifs et les tester ;
    •  choisir des professeurs en activité et les tester.  
  • L’idéal est de constituer une équipe de personnes qui se connaissent : une personne ayant une expérience du manuel scolaire (en qui on a confiance pour avoir déjà collaboré avec elle, par exemple), choisit de deux à quatre confrères pour constituer son équipe. Souvent, cette personne endosse alors le rôle de directeur d’ouvrage.
  • Le profil type d’un directeur d’ouvrage est celui d’un professeur, en activité ou non, qui a eu des responsabilités dans la formation des enseignants, comme cadre de l’enseignement ou rédacteur de programmes. Il a déjà rédigé des livres éducatifs, que ce soit des manuels, des ouvrages parascolaires ou des livres de pédagogie. Pour trouver un directeur d’ouvrage, il faut :
    •  consulter les manuels existants et rencontrer les auteurs de ces manuels qui ne travailleraient plus avec l’éditeur ;
    •  consulter les ouvrages parascolaires ou de pédagogie connaissant un certain succès et rencontrer leurs auteurs ;
    •  dans les pays où l’État fournit un premier contenu et quand l’éditeur doit reprendre le travail avec une équipe d’auteurs : rencontrer les rédacteurs des contenus des manuels ;
    • rencontrer des rédacteurs de programmes quand ceux-ci sont des professeurs ou ont eu une pratique de l’enseignement.
  • Une fois que le contact a été établi, plusieurs rencontres sont nécessaires pour évaluer la capacité de la personne à diriger une équipe d’auteurs et à transformer ses compétences de professeur ou de théoricien de la pédagogie en qualités de concepteur de manuel scolaire. 
  • Il faut partir du principe qu’un bon auteur est d’abord un bon professeur :
    •  un professeur qui a réfléchi à sa pratique de l’enseignement, qui sait « ce qui marche et ce qui ne marche pas » avec les élèves ;
    •  qui utilise et connaît bien les manuels scolaires ;
    •  qui a une pratique des programmes, et qui les a analysés.
  • Mais cela ne suffit pas : un bon auteur possède aussi la capacité de transformer toutes ses qualités de professeur et sa faculté d’analyse en un travail de conception d’outil destiné à une classe d’où il sera absent, menée par un professeur qui ne sera pas lui.
  • C’est la difficulté essentielle de l’élaboration d’un manuel : arriver à s’abstraire et à constituer quelque chose pour un autre que celui qui le crée. Il faut penser à la place des milliers de personnes qui consulteront et utiliseront ce manuel sans pouvoir communiquer avec son concepteur, dans des conditions souvent bien différentes de ce qu’on imagine quand on rédige et quand on organise des chapitres !  
  • Il est rarement judicieux de travailler avec des universitaires, car on a plus besoin dans un manuel d’une pédagogie présentant des contenus adaptés aux élèves que d’une expertise scientifique exhaustive. Or, les universitaires ont tendance à faire le livre en pensant à leurs confrères de l’université plutôt qu’aux élèves qui se serviront du manuel, ce qui les conduit à écrire eux-mêmes, ou à exiger des auteurs de l’équipe des contenus non adaptés au niveau d’enseignement. Bien sûr, si un universitaire a été ou est également professeur dans la classe du manuel, alors l’appréciation de son apport est différente.  
  • Quand on n’a pas la possibilité de trouver un directeur d’ouvrage qui constituerait son équipe, il faut recruter différents auteurs qui ne se connaissent pas forcément et tester leurs capacités. Afin de trouver des professeurs qui deviennent auteurs, on peut :
    •  demander aux établissements voisins ou à ses relations si des professeurs sont actifs dans l’analyse de leur enseignement ou exercent une autre activité témoignant d’un goût pour leur métier ;
    • assister à des cours de ces professeurs en demandant un droit d’accès au directeur d’école ;
    •  consulter Internet à la recherche de professeurs qui auraient une activité sur le Net (qui proposeraient des ressources à des élèves ou à d’autres professeurs, etc.) ;
    • consulter les manuels existants et rencontrer les auteurs de ces manuels qui ne travailleraient plus avec l’éditeur ;
    •  consulter les ouvrages parascolaires ou de pédagogie connaissant un certain succès et rencontrer leurs auteurs.

Comment s’assurer de la qualité des auteurs ? Le questionnaire

  • Voici un exemple de questionnaire reprenant les questions qui doivent être posées lors des entretiens avec un auteur potentiel.

  • Pour évaluer la capacité du directeur d’ouvrage à manager une équipe :

Cliquez sur les images pour les ouvrir. Cliquez sur « Zoom » pour les agrandir ou les rétrécir. Cliquez sur la croix pour les fermer.

  • Ces questions permettent de vérifier si un professeur possède les compétences techniques et relationnelles, ainsi que la motivation, nécessaires à la conception d’un manuel. Cependant, beaucoup d’auteurs potentiels n’ont pas forcément de réponse pertinente à toutes ces questions sans pour autant être de futurs mauvais auteurs.
  • L’impression générale, bonne ou mauvaise, compte beaucoup également : le travail sur un manuel est une aventure humaine qui demande cordialité, souplesse, motivation et intelligence, en plus de la considération pour les manuels, les élèves et la matière. Un test permet également de se faire une bonne idée de la qualité d’un auteur.

Comment s’assurer de la qualité des auteurs ? Le test

  • Si le professeur n’a pas encore été auteur de manuel, il est préférable de le tester. Pour cela, il faut lui donner un modèle de chapitre (une page double de cours ou d’expériences selon la matière et une page double d’exercices, une page de compléments avec des indications de calibrage du texte, de nombre d’images et de nombre d’exercices) et un sujet à traiter. Selon la matière, il devra rédiger :
    •  un cours (histoire, géographie, français, langue…) ;
    •  des questions sur des images qu’il aura associées au cours ;
    •  une activité (sciences) ;
    •  quelques exercices, dont un de découverte et un d’évaluation ;
    •  un sujet d’activité complémentaire.
  • Le mieux est de reprendre un modèle de chapitre d’un manuel existant dans la matière et la classe (venant de l’étranger s’il n’y en a pas encore dans le pays) et de s’en inspirer pour faire faire le test.
  • Déroulement du test  : l’auteur potentiel rencontre l’éditeur, puis il prépare un manuscrit chez lui à partir des indications de l’éditeur, il le lui apporte ou le lui envoie. Une fois seul, l’éditeur lit son travail et l’évalue. Puis, il « fait un retour » à l’auteur, en le rencontrant de nouveau ou à distance.
  • Quand on reçoit le test, on peut s’aider de manuels existants pour juger de sa qualité. Il faut particulièrement faire attention aux éléments suivants :
    •  le sujet est-il bien celui qui devait être traité ?
    •  les points importants de ce sujet apparaissent-ils ?
    •  la structure du chapitre est-elle claire ?
    •  la hiérarchie des titres et des éléments est-elle nette ?
    •  la progression : le manuscrit va-t-il du plus simple au plus complexe ou en tout cas adopte-t-il une démarche clairement perceptible ?
    •  le calibrage respecte-t-il ce qui était demandé ou est-il légèrement supérieur ?
    •  les consignes livrées ont-elles été observées ?
    •  le niveau de langue employé correspond-il à la classe ?
    •  les phrases sont-elles assez courtes, leur syntaxe est-elle simple ?
    •  le vocabulaire : les mots employés le sont-ils à bon escient ? sont-ils connus des élèves ?
    •  l’orthographe est-elle juste ?
    •  les images sont-elles pertinentes ?
    •  les questions sur les images sont-elles intéressantes ?
    •  expérience ou exercice : est-ce intéressant ? original ? simple ?
    •  les consignes sont-elles faciles à comprendre ?
    •  les questions sont-elles claires ?
    •  peut-on y répondre ?
    •  les exercices varient-ils les approches ? présentent-ils bien des niveaux de difficultés différents ?  
  • L’idéal est de faire lire ces tests à un autre professeur pour recueillir son avis, ou à un autre auteur déjà sélectionné.  
  • Il peut être utile de tester également le directeur d’ouvrage en lui montrant un cours, avec des illustrations et des exercices, et en lui demandant ce qu’il en pense, quelles sont les améliorations qu’il apporterait (véracité scientifique, approche des questions, pertinence du choix des images, niveau du cours, style, etc.).

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Séquence 6 : le chapitre

Différents manuels, une même structure

 

  • Comme nous l’avons vu précédemment, le manuel répond à des objectifs précis et à des attentes spécifiques dans sa forme et son contenu, motivés par une pédagogie déterminée (séquence 4).
  • Chaque manuel est différent. Néanmoins, il est possible de classer les manuels en deux catégories selon l’objectif qu’ils doivent atteindre (en fonction de la classe ou de l’usage). Deux constructions types de chapitres sont discernables également, selon la discipline.
  • Le chapitre est la base même du manuel. Un manuel applique une pédagogie choisie en l’appliquant à différents thèmes. Le chapitre résulte de ce choix pédagogique ; il reprend tout au long du manuel la même formule, qui aura été mûrement réfléchie et testée.
  • Ainsi, chaque chapitre traite d’un des thèmes et possède une structure identique à celle des autres chapitres. La caractéristique de la construction des chapitres, outre cette répétition, est que le contenu est très structuré et que cette structure est rendue bien visible.
  • Quelle que soit la formule choisie, le chapitre aura :
    • une structure avec des titres très hiérarchisés : bandeaux sur le titre de la page, code couleurs, tailles de corps différentes, etc. ;
    • des numéros : titre de chapitre numéroté puis parties de chapitres numérotées également ;
    • des titres de rubriques récurrents : une partie « Découverte » par exemple pouvant s’appeler « Je découvre », etc.
  • Par ailleurs, quelle que soit la matière, le chapitre sera construit sur un même modèle, avec :
    • une introduction : une activité de découverte, une rubrique d’information ou de définition, etc. ;
    • une partie de cours  ;
    • une partie d’exercices (en science, la méthode inductive structure le chapitre en commençant par un exercice) ;
    • une partie de révisions ;
    • une partie d’évaluation ;
    • une partie d’activités complémentaires.  
  • Les manuels sont construits soit comme des supports et guides de cours, soit comme des catalogues raisonnés de ressources pour la classe.

Le « manuel-guide »

  • S’ils servent de supports et de guides de cours, les manuels sont utilisés de manière suivie, linéaire, et complète. Les chapitres ont donc une structure très ordonnée que le professeur va suivre intégralement : il commence en haut de la page N et finit son cours en bas de la page N + 1 ; il aura fait lire le cours, fait réaliser chaque exercice et fait regarder chaque image par les élèves.
  • Dans ce cas, la proportion de cours, d’exercices et d’activités complémentaires dans chaque chapitre est fonction du volume horaire du programme et correspond à ce qui peut être accompli en une heure, deux heures de cours ou en quelques séances. Ces manuels sont très directifs, puisqu’il faut les suivre sans déroger au déroulé de chaque chapitre.  
  • On reconnaît de tels manuels au fait qu’ils sont en général moins volumineux et que la structure de chaque chapitre est linéaire. Après un bandeau du titre du chapitre en haut de page, les rubriques (découverte, cours, exercices…) s’enchaînent sur une même page. Les pages montrées en exemple dans cette séquence sont extraites d’un manuel construit sur ce modèle.  

Le « manuel-catalogue »

  • Si le manuel est une base de ressources, le professeur pioche ce qui l’intéresse et ne traite pas tout ce qu’il contient. La forme est alors plus libre et les manuels sont en général plus volumineux car plus fournis. Là où un cours d’histoire va proposer, dans le premier cas, une seule image à découvrir, ce type de manuels présentera trois ou quatre images en regard du cours, pour offrir la possibilité au professeur de choisir, selon sa convenance, une image à étudier, à l’exclusion des autres.  
  • Les manuels construits selon cet usage sont aussi composés de chapitres très structurés, mais plus fournis. En règle générale, chaque rubrique (cours, exercices, activités, révisions, etc.) correspond à une page ou à une double page différente et le nom de la rubrique apparaît « en onglet » dans les coins supérieurs des pages, ou bien encore « en bandeau ».
  • En général, les manuels-catalogues apparaissent dans les classes supérieures, au lycée. Si le manuel est une commande par appel d’offres - surtout pour le primaire - il sera construit a priori plutôt sur le modèle du manuel-guide.

Chapitre de science, chapitre de science humaine

  • Quand on entre plus avant dans le contenu d’un chapitre, il faut distinguer les manuels de mathématiques, de physique, de chimie et de biologie de ceux d’histoire, de géographie, de français, de philosophie, d’économie, d’éducation civique et de langues étrangères.
  • Le chapitre d’un manuel de science humaine sera conçu sur le modèle suivant (certaines de ces rubriques peuvent être absentes, surtout dans les petites classes) :
    • une définition, une image de découverte, etc. ;
    • un texte (de français, de philosophie, un cours d’histoire…), souvent accompagné d’une image illustrative (choisie pour animer la page) ;
    •  des questions ;
    • des exercices ;
    • une révision ;
    • une évaluation ;
    • des activités complémentaires (applications / exercices d’intégration, activités ludiques / jeux, bilan, etc.).  
  • Voici un chapitre d’un manuel de français pour une petite classe (modèle « manuel-guide » de science humaine) :  
    • Cours et exercices (dans les petites classes, le cours est en fait un simple énoncé illustré comme ici) :

    • Révision / évaluation :

    • Activité complémentaire :

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  •  Un chapitre de manuel de science sera construit sur ce modèle (certaines rubriques peuvent être absentes, surtout dans les petites classes) :
    • une activité de découverte ou de compréhension d’un phénomène ;
    • un texte de cours exploitant le phénomène étudié ;
    • des exercices d’application ;
    • une révision ;
    • une évaluation ;
    • des activités complémentaires (applications / exercices d’intégration, activités ludiques / jeux, bilan…).
  • En science, les images sont le support même de l’apprentissage (photo d’une expérience par exemple, planche anatomique, schéma de géométrie, etc.). Elles sont donc à des places déterminées dans la page, et de grand format afin d’être lisibles. De ce fait, les manuels de science sont en général plus larges que les manuels de sciences humaines, ce qui permet d’avoir sur une même ligne plusieurs images, sans que la marge soit trop réduite, et de conserver de la souplesse dans la mise en pages.
  • À ces rubriques récurrentes, constitutives du chapitre, s’ajoutent des rubriques mobiles et / ou non récurrentes : une définition, du vocabulaire, un lexique, une rubrique d’information complémentaire, une rubrique « Attention » ou « Astuces », une rubrique de suggestion de lecture, etc. Ces rubriques sont différenciées visuellement du reste par des fonds de couleur ou des encadrés.

Les manuels de langue

  • Les manuels de langue suivent soit le modèle des sciences, soit le modèle des sciences humaines.
  •  S’il s’agit d’un manuel de civilisation, les chapitres débuteront par des textes littéraires, des articles de journaux, etc. ; le modèle sera celui des sciences humaines.
  • S’il s’agit d’un manuel de grammaire et de vocabulaire, on commencera le cours par un exercice et le modèle adopté sera celui des sciences.

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Séquence 5 : le livre du professeur

  • Le manuel est accompagné d’un livre du professeur, ou guide du maître. Celui-ci est comparable à un « mode d’emploi » du manuel. Il décrit avec précision au professeur :
    • comment les directives du programme (notamment en termes de pédagogie) sont appliquées dans le manuel ;
    • comment est structuré le manuel ;
    • comment est structuré chaque chapitre ;
    • comment se servir du manuel : le livre du professeur détaille avec une grande précision comment transformer en activité de classe les éléments du manuel et décrit comment traiter les cours et les exercices, ainsi que les autres parties du manuel ;
    • comment corriger les exercices (bonnes réponses aux questions).
  • Parfois, le livre du professeur propose également des activités complémentaires, des documents supplémentaires, qui ne sont pas présents dans le manuel des élèves (par manque de place ou parce qu’ils présentent un intérêt secondaire). Voici quelques exemples de pages de livre du professeur du manuel de français pour la classe de CP des éditions Éburnie, paru en 2006.





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Sommaire des fiches thématiques à lire dans le document ci-dessous :

• Introduction au marché international du livre jeunesse

• Faire appel à un agent ?

• Des programmes de soutiens à la traduction et à l’édition francophone

• Les programmes de fellowship et d’invitation des Foires de Bologne et de Francfort

• L’exposition d’illustrations et le prix d’illustrateur de la Foire de Bologne

• Agenda des foires et des salons du livre

• Études sur le marché international et structures ressources

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Fiches thématiques - Vendre et acheter des droits sur le marché international de l’édition jeunesse

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